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Déclaration d’accessibilité : ce que le modèle impose vraiment, et ce qu’une entreprise privée doit publier à la place

Publié le 2 août 2026 · 7 min de lecture

Deux documents portent en France le nom de « déclaration d'accessibilité », et ils n'ont presque rien en commun. Le premier est un formulaire dont chaque rubrique est imposée par un texte européen, obligatoire pour les organismes publics, et contrôlable en trente secondes depuis l'extérieur. Le second n'existe pas sous ce nom : c'est une obligation d'information qui pèse sur les prestataires privés, sans modèle officiel, sans gabarit, et que beaucoup de prestataires remplissent en recopiant le premier — ce qui les expose à affirmer des choses qu'ils n'ont pas vérifiées.

Cet article explique ce que contient réellement le modèle imposé, comment le remplir sans se piéger, et ce qu'une entreprise privée doit publier à la place.

Ce qu'il faut retenir : si vous relevez du secteur public, votre déclaration doit suivre le modèle de la décision d'exécution (UE) 2018/1523, repris par le RGAA, et elle n'est qu'une des trois obligations formelles qui vous incombent. Si vous êtes une entreprise privée ordinaire, aucun modèle ne vous est imposé — mais publier une fausse déclaration de conformité est un risque que vous vous créez vous-même.

Le régime public impose trois choses, pas une

Le fondement est l'article 47 de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005, mis en œuvre par le décret n° 2019-768 du 24 juillet 2019 et l'arrêté du 20 septembre 2019 qui fixe le référentiel. Trois obligations distinctes en découlent, et c'est presque toujours la deuxième ou la troisième qui manque.

Ces trois pièces sont indépendantes : publier une déclaration impeccable sans schéma pluriannuel reste un manquement. Et comme elles sont publiques par définition, ce sont les seuls points qu'un contrôleur — ou un concurrent, ou une association — peut vérifier sans ouvrir un seul outil technique.

Ce que le modèle impose, rubrique par rubrique

Le modèle n'est pas une suggestion française : il est fixé par la décision d'exécution (UE) 2018/1523 du 11 octobre 2018, prise sous la directive (UE) 2016/2102. Son annexe distingue un contenu obligatoire et un contenu facultatif. Voici ce qui est obligatoire.

Le contenu facultatif — engagements d'amélioration, rapport d'audit, date de dernière révision, ligne téléphonique dédiée — est utile mais ne remplace aucune rubrique obligatoire manquante.

L'erreur qui coûte le plus cher : se déclarer « totalement conforme »

« Totalement conforme » signifie que l'intégralité du périmètre déclaré satisfait la norme applicable. Pas « nous avons corrigé les points bloquants ». Pas « notre prestataire nous a dit que c'était bon ». En pratique, très peu de services publics en ligne peuvent l'affirmer honnêtement, et une déclaration de conformité totale démentie par un seul critère vérifiable est plus dommageable qu'une déclaration partielle honnête.

Une déclaration partiellement conforme, assortie d'un taux mesuré, d'une liste franche des contenus non accessibles et d'un plan daté, est juridiquement correcte et humainement crédible. Elle démontre exactement ce que le dispositif cherche à obtenir : que vous savez où vous en êtes et que vous avancez. Nous conseillons systématiquement de préférer l'exactitude à l'affichage.

Deuxième piège, plus technique : la dérogation pour charge disproportionnée n'est pas une case à cocher. Elle suppose une évaluation motivée, et elle ne peut pas être invoquée de façon générale pour un site entier. La déclarer sans être capable de produire l'analyse qui la fonde revient à documenter soi-même son propre manquement.

Ce que risque un organisme public

Le contrôle relève de l'Arcom. Deux plafonds coexistent, et il faut les présenter pour ce qu'ils sont — des maximums légaux, pas des montants automatiques.

Dans les deux cas, la sanction peut être renouvelée si la situation n'est pas régularisée à l'issue d'un délai de six mois. C'est le caractère renouvelable, plus que le montant unitaire, qui rend l'inaction coûteuse dans la durée.

Et une entreprise privée ? Ce n'est pas une déclaration, c'est une information

Si vous êtes un prestataire privé fournissant un service aux consommateurs — commerce en ligne, réservation, banque en ligne, transport — vous ne relevez pas de ce régime. Le vôtre est celui de l'article L.412-13 du code de la consommation, dont les modalités figurent aux articles D.412-49 à D.412-62 issus du décret n° 2023-931 du 9 octobre 2023, avec les exigences techniques fixées par l'arrêté du même jour.

La différence est structurelle. Là où le régime public impose un formulaire, le régime consommation impose une information : vous devez expliquer, dans les informations générales relatives au service, comment celui-ci répond aux exigences d'accessibilité applicables. Aucun modèle officiel n'existe pour cette information, et aucun référentiel technique n'est nommé — nous avons relu l'arrêté du 9 octobre 2023 en entier, et il ne contient ni « RGAA », ni « EN 301 549 », ni « WCAG ». Nous détaillons ce point, et le régime de sanction qui l'accompagne, dans notre article sur l'accessibilité du commerce en ligne en 2026 ; la distinction entre norme et méthode est traitée dans RGAA ou EN 301 549.

Conséquence pratique : recopier le modèle public sur un site marchand est une mauvaise idée. Vous vous soumettez publiquement à un référentiel qui ne vous vise pas, vous affirmez un taux de conformité RGAA que vous n'avez peut-être pas mesuré selon la méthode RGAA, et vous créez un écart vérifiable entre ce que vous déclarez et ce que vous devez. Écrivez plutôt, en langage clair, ce que votre service fait et ne fait pas.

Ce que nous n'avons pas pu vérifier

Nous n'avons pas trouvé de gabarit officiel publié par l'administration pour l'information d'accessibilité des prestataires privés ; s'il en existe un que nous aurions manqué, écrivez-nous et nous corrigerons cet article. Nous ne connaissons par ailleurs aucune sanction de la DGCCRF publiquement documentée contre une entreprise nommément désignée sur ce fondement. Cela ne signifie pas qu'il n'y en a pas : les suites données aux contrôles ne sont pas systématiquement publiées. Cela signifie que quiconque vous cite un cas doit pouvoir vous en donner la référence.

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Sources

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